Délivrée de la cécité pour le prix d’une chèvre
Chaque année, la Croix-Rouge suisse finance l’opération de la cataracte chez plus de 300 personnes aveugles au Togo et leur permet ainsi de retrouver la vue. Les patients ne sont cependant pas les seuls bénéficiaires de ce programme, comme l’illustre l’histoire de Rabi et de sa petite-fille Aminata.
De l’obscurité à la lumière : la grand-mère peine encore à comprendre ce qui lui arrive
L’opération de la cataracte ne dure qu’une demi-heure.
« J’ai reçu une nouvelle vie»
Eblouie, Rabi cligne des yeux face à la lumière du jour. Cela fait deux semaines que la grand-mère de 53 ans s’est fait opérer de la cataracte à l’hôpital ophtalmique de Tchamba et elle peine encore à comprendre ce qui lui arrive. « Pendant toutes ces années, j’ai cru ne jamais revoir mes petits-enfants ; maintenant, j’ai reçu une nouvelle vie », déclare-t-elle.
La prévention et le traitement des affections oculaires, la correction des troubles de la vue et l’opération de la cataracte font partie des axes prioritaires de l’engagement de la CRS au Togo. Ce pays défavorisé connaît un foisonnement d’affections oculaires dues notamment à une desserte médicale insuffisante et un manque d’eau salubre.
La CRS prend en charge la majeure partie des frais liés à l’opération de la cataracte. Les patients qui le peuvent versent l’équivalent de 30 CHF.
L’opération doit être approuvée par le chef de famille.
Pas de revenu pour les aveugles
Ce montant relativement modeste est souvent un point délicat. Comme les aveugles ne peuvent pas travailler, la plupart ne disposent pas non plus d’argent. « Ce n’est pas toujours facile de convaincre le chef de famille de contribuer financièrement à l’opération. Car les familles doivent gérer consciencieusement leurs maigres pécules », explique Josef Kasper, responsable de programmes CRS au Togo. Un argument de poids est que l’opération de la cataracte améliore les conditions de vie tant du patient que de la personne qui s’en occupe. Vu le manque de ressources, il arrive couramment en Afrique que la vie d’un des enfants, en général une fille, soit dédiée au membre handicapé de la famille.
En Afrique, il arrive souvent que la vie d’un enfant soit dédiée à un membre aveugle de la famille.
Alors que les enfants du quartier allaient à l’école, Aminata devait rester à la maison avec sa grand-mère.
Aminata aimerait aussi aller à l’école
Dans le cas de Rabi, cette tâche était dévolue à sa petite-fille Aminata, âgée maintenant de neuf ans. Depuis que la fillette a su marcher, elle a guidé sa grand-mère : elle l’a aidée à s’habiller et à manger, l’a accompagnée au village et a même dû l’assister pour aller aux toilettes. Un travail à plein temps qui ne lui a guère laissé le temps de satisfaire ses propres besoins et de pratiquer les activités de son âge. Alors que les enfants du quartier et ses frères et sœurs allaient à l’école, Aminata devait rester à la maison avec sa grand-mère.
Un bénévole Croix-Rouge qui sensibilisait les villageois à la cécité liée à la pauvreté a encouragé le père d’Aminata à faire opérer la grand-mère dans le cadre du programme CRS. Le cœur serré, celui-ci a vendu une des six chèvres qui composaient le cheptel de leur petite ferme. L’argent récolté a permis d’opérer l’œil gauche. Aujourd’hui, le père de famille ne regrette pas ce « sacrifice ». Rabi a retrouvé sa vigueur et aide aux tâches ménagères. Quant à Aminata, elle peut enfin fréquenter l’école.


La population rurale a régulièrement recours aux tests de la vue réalisés par la Croix-Rouge.
Les troubles de la vue sont particulièrement handicapants pour les enfants, puisque ces problèmes entravent leur accès à la formation
Mieux vaut prévenir que guérir
Même si les résultats des interventions chirurgicales sont impressionnants, mieux vaut encore prévenir la cécité. Dans le cadre de campagnes d’information, la Croix-Rouge encourage les habitants à subir des examens des yeux et à se laisser traiter si nécessaire. Une équipe ophtalmologique se déplace jusqu’aux villages les plus éloignés. Elle procède à des tests de la vue, conseille les patients et prescrit des médicaments. Les personnes souffrant de la cataracte qui acceptent d’être opérées sont soignées dans l’un des cinq hôpitaux ophtalmiques.
Les troubles de la vue et la cécité sont particulièrement handicapants pour les enfants, puisque ces problèmes entravent leur accès à la formation. Afin d’assurer un diagnostic précoce, les bénévoles Croix-Rouge procèdent à des examens des yeux et des tests de la vue dans les écoles. L’an dernier, plus de 7600 enfants de 50 écoles ont subi ces contrôles. Un atelier géré par la Croix-Rouge fabrique des lunettes.
Texte: Katharina Schindler, CRS
Photos: Caspar Martig, CRS
